À la vie

Un jour aussi noir que la nuit, tu m’as demandé ce qu’était l’amour. 

Dans un souffle de perplexité sans limite, tu as posé ce jalon de pierre, repère invisible où nous nous retrouvons. 

Entre-deux, au-delà, qui m’absorbe et me noie. 

Question testamentaire, labyrinthe fantomatique où même le temps se perd, territoire suspendu aux confins duquel la mort règne en maître. 

Que nous reste-t-il sans m(ots)aux d’amour ?

Ne sont-ils pas plus essentiels que la mort même ?

Abscisse et ordonnée qui situent notre construction bringuebalante, filet de réception pour acrobate humain toute structure confondue ? 

Je persiste à chercher depuis, comme les autres apatrides en errance avec pour seule boussole celle qui oriente obstinément vers l’être qui laisse sans voix et le sourire aux lèvres, dans l’espace restreint et infini d’un regard qui transperce si loin, que l’on reconnaît sans connaître et qui malgré tout nous enchaîne.

Peu importe que ces bras soient fermés ou ouverts, que ce regard tout puissant porte, néglige ou broie. 

Tant qu’il demeure Autre, comme toi. 

L’aimé est alors la terre que l’on désire, que l’on convoite, que l’on conquière avec la force du désespoir. 

Terre reconnue, terre hallucinée, paradis perdu. 

Terre brûlée dont nous avons nécessairement été un jour exclus et qui nous poinçonne à vie d’un regret et d’une jouissance tout aussi éternels. 

Alors, nous les vivants, buvons le nectar de ce fruit défendu – jusqu’à ce que notre vie et notre mort trouvent le sens qu’on voudra bien leur donner, au delà de l’autre, au-delà de soi – pour la beauté du geste. 

Lehaïm !

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