« Borné dans sa nature, infini dans ses voeux
L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux »
Premières Méditations Poétiques, l’Homme
Alphonse de Lamartine
Nous n’avons pas fini de l’entendre et pourtant cette formule de début d’année, chaleureuse et bienveillante, résonne étrangement.
En atteste ses déclinaisons en meilleurs voeux, bons voeux…
Le voeu dans sa définition est toujours déconnecté de la réalité ou représente un moyen de s’en échapper : dans son adresse quand il s’agit d’obtenir ou de garder la faveur d’une divinité ou dans son but qu’il s’agisse d’une prière, d’un souhait ou d’un désir que nous croyons ne pas être de notre ressort.
La force d’un voeu de mort, son impact n’est plus à prouver depuis que Freud en a souligné le lien à la culpabilité, au refoulement, au symptôme et c’est bien le voeu inavouable qui surfe sur la pulsion de mort qui nous intéresse en premier lieu.
De par sa dimension, sa forme de « montage surréaliste », le voeu semble adopter un circuit pulsionnel dont, tout comme le désir, sa satisfaction n’est pas la question.
La crédulité d’une formulation de voeux ou son refoulement coupable ne saurait être l’apanage de l’enfance, bien au contraire.
Il est un temps dans l’enfance où les voeux de mort, de destruction seraient corrélatifs à toute source de coupure, à toute perte de bien-être puisque le bien-être est alors, et pour longtemps parfois, celui de la fusion embryonnaire, de la passivité comblée.
Ce ne sont alors pas véritablement ce que l’on peut reconnaitre comme voeux une fois l’infant divisé et policé par le langage mais plus comme « veux » d’un je totalitaire traversé d’une pulsion de mort sans doute ni vergogne, sans filtre symbolique.
Toute distance, absence, manque est alors vécu comme une coupure pouvant entrainer la mort.
La venue au monde, la perte du sein, l’accès au langage… chaque stade vers l’autonomie et le devenir engage une perte et sous-tend un pas vers la reconnaissance du réel sous sa forme digérée subjective propre à chacun, sa réalité.
Le voeu et la réalité sont donc liés et varient de façon exponentielle, de même que la réalité est une construction dépendant de la structure du psychisme.
Le voeu de mort, courant dans les années de candeur enfantine, se trouve généralement exaucé, puisque arrive, tôt ou tard la perte fatale d’un parent, d’un proche qui fût plus ou moins secourable, suffisamment bon ou pas.
Qu’en est-il du voeu de mort ?
Il peut faire trou, traumatisme ou il peut être délivrance.
Il n’est pas rare de voir instantanément, au jour de sa mort, le défunt délesté de tous les défauts et reproches à sa charge jusqu’alors.
Il peut même se voir honoré de qualités et faits de gloire inédits voire improbables mais qu’importe !
La question n’est pas la vérité, la question est Autre, c’est celle du Che vuoi ?
Que veut l’Autre ?
Que veut-il de moi, que veut-il de l’autre ?
Père ou mère, frère, soeur, mari ou femme, une fois l’autre mort, la question à son sujet est enfin résolue.
En rejoignant la place symbolique qui lui est échue dans la chaîne générationnelle de son nom de famille, sa destinée se trouve enfin accomplie sans que plus rien ne s’y oppose, sans qu’elle subisse l’influence de la réalité propre au défunt.
Son compte est bon et l’ardoise effacée.
Ne reste qu’un nom gravé en lettres d’or sur une pierre, quand le reste ne se réduit pas à une urne de cendres noyées dans la mer ou à un pur objet posé sur une « état j’erre ».
La question de la dette à leur égard est alors fonction de ce qu’il advient du voeu de mort, abyssale ou réduite à néant, dans les deux cas il n’en reste rien.
Muriel Thiaude, le 29/12/2020.
